Dimanche 20 septembre 2009 7 20 09 2009 19:30
Ave !

Après deux courtes semaines d'immersion totale dans l'univers scolaire, me voici de retour pour vous faire partager une année supplémentaire de culture antique. Pour bien entamer cette rentrée, quelques petits changements s'imposent !

- En fin de semaine, retrouvez les Dossiers de Lettres-Classiques, consacrés à des points très particuliers de la culture antique.
- Plus irrégulièrement, je parsèmerai, par ci par là, quelques ouvertures (biographies, mythologie, etc.).
- Tous les mercredis paraîtront de petites fiches étymologiques sur le Mot de la Semaine.

Dans la perspective du baccalauréat, je me suis décidé à davantage approfondir l'aspect linguistique et littéraire de ce site, notamment en prenant une multitude de résolutions :

1°/ Travailler, avec vous, au corps avec les textes. Très souvent, je vous ferai part de mes tribulations personnelles avec les langues grecques et latines. Travaux de version, analyses stylistiques, points de grammaire et, pourquoi pas, études philologiques sont au rendez-vous.
2°/ J'ai pris, en cours de route, l'habitude de fournir les sources de mes recherches. Je vais travailler de manière sensiblement différente. Désormais, en fin d'article, vous trouverez une nouvelle rubrique : "Lectures transversales", proposant quelques approfondissements littéraires envisageables.
3°/ Je m'efforcerai, pour terminer, de dresser des comptes-rendus de mes lectures, comprenant brefs résumés, extraits, analyses personnelles et élargissements, parce que c'est ça aussi, la culture ;) !

Sans oublier qu'une fois par mois, un site sera mis à l'honneur sur Lettres-Classiques.
N'hésitez pas à me présenter vos requêtes et suggestions.

Bonne semaine à vous !

PROCHAIN DOSSIER : L'EXIL D'OVIDE, LUMIERES SUR UNE AFFAIRE ENCORE OBSCURE...
Par Sully
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 07 2009 12:00
Ave !

Je vous avais indiqué mon absence à compter du 19/07, du fait de vacances entreprises dans la vaste contrée périgordine ! Nous nous y sommes, ma famille et moi, entichés de la richesse culturelle envahissant lesdits lieux...
C'est ahurissant de constater combien le tourisme culturel - permettez que j'use du qualifiant "intelligent" :P - est en vogue ces derniers temps. Notre programme fut plutôt riche, bien que très réducteur au vu du nombre incommensurable d'activités envisageables, et comprenait grottes, gouffres, châteaux, jardins, etc.

Ce furent des moments fort agréables, intéressants et enrichissants. Petit présent de ma part : un léger aperçu de cette semaine en images ;).


1) 2)













3) 4)

 
5) 6)


Mais à quoi ces images se rapportent-elles ? Je vous laisse dénicher le nom de ces six lieux inévitables de la région...

Bonnes vacances à tous !

Par Sully - Publié dans : Au jour le jour...
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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 07 2009 16:00

Etant donné que les divinités, et leurs équivalents réciproques, ont toujours constitué un problème pour moi, un petit tableau récapitulatif m'a semblé de rigueur afin de clarifier, en exergue, tout ce condensé mythologique qui compose l'histoire helléno-latine ! Cela n'a rien d'exhaustif, certes, mais me semble néanmoins indispensable à quiconque désire s'initier à la culture antique...


 

Divinités
Romaines
Equivalents
Grecs
Attributs Fonctions
Apollon Apollon Le griffon, le cygne, l'arc, le carquois, la lyre, le laurier Dieu de la beauté, de la raison, de la musique, de la poésie
Bacchus Dionysos La panthère, le canthare, la vigne, la grappe de raisin Dieu du vin, des festivités
Cérès Déméter L'épi, le narcisse, le pavot Déesse de l’agriculture
  Charon   Passeur immortel des âmes
Diane Artémis La biche, l'arc, le carquois et les flèches Déesse de la chasse
Esculape Asclépios Le serpent, le coq, le bâton, la coupe Dieu de la médecine
Faunus Pan Cornes et pieds de chèvre Dieu des bergers
Flore   Fleurs diverses Déesse romaine des fleurs
Junon Héra Un sceptre surmonté d'un coucou et une grenade Déesse du mariage / fécondité
Jupiter Zeus La foudre, le chêne, l'égide Roi des dieux
Mars Arès Lance, casque Dieu de la guerre
Mercure Hermès Le caducée, les sandales ailées, la bourse d'argent Dieu du commerce
Messager des dieux
Minerve Athéna L'égide, la lance, le bouclier orné d’une gorgone Déesse de la sagesse, de l'intelligence, de la guerre
Neptune Poséidon Trident, Dauphin, char aquatique Dieu de la mer et des tempêtes
Proserpine Perséphone   Déesse des enfers
Quirinus     Dieu guerrier (// Romulus)
Saturne Cronos La faux, le sablier Dieu agraire, puis dieu du temps
  Thémis La balance, l'épée Déesse du droit, de la justice
Vénus Aphrodyte La nudité, la myrrhe, la rose, les coquillages Déesse de l'amour, de la beauté
Vesta Hestia Le feu, le foyer Déesse du feu, du foyer
Vulcain Héphaistos Le marteau, l'enclume, l'âne Dieu grec du feu, du fer

Bien évidemment, ce tableau n'a pas pour vocation de constituer à lui seul un dossier, il convient de ne le considérer qu'à titre introductif, préambulaire !

Par Sully - Publié dans : Mythologie Antique - Communauté : Mythes et littérature grecs
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 07 2009 21:00


Il ne me semblait pas pertinent de dissocier Epicurisme et Stoïcisme, qui constituent les deux principales écoles philosophiques du IVe siècle avant J.-C., aussi ai-je décidé de consacrer un double dossier à la philosophie antique, dont il me restera encore à défricher l’aristotélisme, le pythagorisme, et bien d’autres paradigmes encore… Le terme « stoïcisme », ne provient ni du nom du fondateur, ni de son concept central mais simplement du lieu où sa voix s’est fait entendre pour la première fois, c’est-à-dire à la Stoa poikilè, au Portique des Peintures (Athènes), où les premiers stoïciens délivrèrent leur enseignement. On subdivise couramment le stoïcisme en trois périodes distinctes : le stoïcisme ancien, le stoïcisme moyen et le stoïcisme impérial. Au vu de la pluralité de cette école, plutôt que de travailler de manière chronologique, je me suis tourné vers un traitement plus thématique, en portant l’essentiel sur le stoïcisme ancien, dans la mesure où l’évolution du stoïcisme tient principalement en sa simplification… De plus, le stoïcisme étant plus particulièrement passé à la postérité en tant que précepte de vie, je vais m’efforcer d’être plus succinct en ce qui concerne la philosophie, assez hermétique. Bonne lecture !




     I-  La Fondation du Stoïcisme :

Le stoïcisme a vu le jour en parallèle avec le déclin d’Athènes, lors de la crise de la polis, monde déséquilibré qui apparaît suite à la mort du grand Alexandre. Le fondateur du Portique est Zénon de Citium – en grec Ζήνων – (332-562). Je crois qu’un petit détour biographique s’impose ! Né à Chypre, issu d’une famille de commerçants, Zénon s’installera à Athènes dès 312 av. J.-C. La tradition veut que sa vocation philosophique ait été révélée par la lecture des Mémorables, de Xénophon. Successivement élève de Cratès, des académiciens Xénocrate et Polémon, les mégariques Stilpon et peut-être même Diodore Cronos. Vers l’âge de quarante ans, notre philosophe se consacre à l’enseignement, tandis que vient d’être fondé le fameux Jardin d’Epicure. Quelques citations, une poignée de titres, c’est tout ce qui nous reste de cet homme, mais cela est suffisant pour le considérer tel le précurseur de l’école, dont il a établit les principes fondamentaux.

Son successeur à la tête de l’école fut Cléanthe d’Assos – en grec en grec Κλεάνθης – (330-232), que l’on comptait parmi ses disciples. Ancien athlète, de condition sociale modeste, il aurait été choisi par Zénon pour sa fidélité immuable à une orthodoxie qu’il avait progressivement assimilée, sous les leçons de son maître.

A la mort de Cléanthe, en péril de par l’hérésie d’Ariston, l’école stoïcienne prit pour légataire le jeune Chrysippe de Soles (280-206), dont le génie de dialecticien et la rigueur de son dogmatisme lui valut le titre de second fondateur du stoïcisme. Ce dernier affubla au stoïcisme sa figure classique ainsi que sa rigueur systématique ; en somme, il a modelé l’image stoïcienne telle qu’elle nous est parvenue. Hormis l’Hymne de Cléanthe, les œuvres des premiers stoïciens ont presque intégralement disparues !




     II-  La philosophie du stoïcisme Ancien :


            A)  La doctrine philosophique

Les stoïciens perçoivent dans le monde un Tout, duquel tout hasard est écarté, et cette unité comprend tout ce qui est, « du minéral jusqu’aux dieux, et chaque élément est lié à tous les autres par une sympathie universelle qui fait de l’ensemble un vaste organisme » (Jerphagnon). On qualifiera cette doctrine de matérialiste, qui plus est de dynamiste voire de spiritualiste, bien différente de l’atomisme épicurien. Rien n’existe vraiment que les corps, ou plutôt tout ce qui existe réellement, soit tout ce qui agit et pâtit, est corporel, hormis le vide, le temps, le lieu et le discours (lekton) ; et ces corps possèdent une âme divine.

En réalité, l’école stoïcienne conçoit en l’univers deux principes fondamentaux : un principe passif, la matière première, ou enveloppe informe, inerte ; et un principe actif, qui différencie et organise cette matière première, qui est un souffle, un esprit, et qui lui attribue unité, forme, force et vie. Ce principe actif – on pourra conjointement trouver l’appellation « force active » - apparaît au demeurant tel un souffle de feu (en grec pneuma), lequel sera identifié à la Raison (le logos), qui est à la fois le substrat de l’homme et le principe recteur du macrocosme. Notons que le monde est en inlassable activité et que, malgré qu’il soit périssable, sa fin venue, tout se réitère à l’identique dans une conflagration (apocatastase ou palingénésie) – selon le principe héraclitéen de l’Eternel Retour. C’est si l’on veut une purification du Monde !

Mais quid de l’homme dans cet univers, dont il semble totalement mis hors de cause ? Sa place, dans le macrocosme, est celle du seul être à la fois mortel et raisonnable. Il en fait partie intégrante, le reflète dans une certaine mesure, puisqu’il reproduit la structure du monde – un parallèle pourrait être effectué avec la théorie des miroirs de la Monadologie leibnizienne. Il possède ainsi la même raison que les dieux, à cette seule différence que la raison est « parfaite chez les dieux, perfectible chez les hommes » (Hadot). En somme, l’Homme doit accepter son destin, par la soumission à l’ordre divin des choses, et en s’inscrivant en totale adéquation avec le monde.



            B)  Le précepte de vie (ou morale stoïcienne)

L’essence de toute philosophie, qu’elle soit épicurienne ou stoïcienne, demeure l’aspiration au Bonheur absolu. C’est la possession de la sagesse qui, chez ladite école stoïcienne, doit conduire à une vie heureuse, conséquente de l’acquisition d’un savoir. Selon Epictète, l’instruction est un instrument permettant à l’homme de dissocier ce qui dépend de nous, et ce qui ne dépend pas de nous : ainsi dit-il : « Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, bref tout ce sur quoi nous pouvons agir. Ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, l’opinion d’autrui à notre sujet, les hautes charges, en un mot tout ce sur quoi nous ne pouvons pas agir » (Manuel). Il s’agit donc bien, on le voit, d’une philosophie de la lucidité.

lalibre.be - KANAR

L’éthique stoïcienne prescrit une confiance aveugle en la nature, véritable guide qui doit acheminer l’homme vers le Souverain bien. La sagesse n’est donc pas dans la rupture, dans le divorce avec la Nature, mais tout au contraire dans la concordance avec celle-ci. De fait, la fin suprême est tant l’accord de soi avec soi que l’accord du Moi avec la nature universelle : cette absence de conflit intérieur, que nous avons préalablement défini comme étant le « souverain bien », constitue finalement l’aspiration innée de l’homme.


Néanmoins, la passion est une erreur de jugement, et donc une maladie dont il faut se guérir, et non pas une force à canaliser : l’on ne peut atteindre la sagesse qu’en s’évertuant à éliminer tout ce qui nous en éloigne, y compris les passions. Pour ce faire, il convient de s’abandonner à la phronèsis – qualité qui allie prudence, raisonnement, discernement –, et de se vouer exclusivement à la Sagesse. Grâce à la vertu, seul bien qui suffit au bonheur, l’on parvient à l’apatheia, état de sérénité pour lequel la quiétude de l’esprit ne saurait être perturbée par quelque événement extérieur que ce soit, de sorte que vie et mort, santé et maladie, besoin et abondance, souffrance et agrément, ne participent ni ne nuisent à la perfection et au bonheur.

Pour autant, un dernier problème se pose : comment atteindre ce modèle du sage stoïcien, si parfait qu’il en perd son humanité, son accessibilité ? Comment ne pas se détourner de la sagesse, considéré son hermétisme ? Zénon – qui avait tout prévu – résout ce problème à travers la notion du convenable : l’homme qui n’est ni un sage, ni pour autant un mécréant, peut subsister en accord avec sa propre nature. On peut de fait interpréter la posture du « Sage » comme étant l’aspiration idyllique de l’homme, une sorte de but vers lequel il faut indubitablement tendre de tout son être.




     III-  Principales modifications doctrinales apportées par les stoïciens :

Après Chrysippe, l’école eut successivement pour recteur Zénon de Tarse, puis Diogène de Babylone, et enfin Antipater de Tarse.  Les successeurs dudit Antipater apportèrent quelques nuances à la doctrine stoïcienne, nous n’en retiendrons – par souci de brièveté et de compréhension – que l’essentiel :

  • - Un des disciples d’Antipater, Panaitos de Rhodes, succéda à son maître à la tête de l’école. Vouant un culte envers Platon, il décide de rattacher le stoïcisme à l’inspiration de Socrate. Par ailleurs, il repousse quelques uns des dogmes de la philosophie zénonique, notamment le principe de la conflagration ; de même, il doute que la vertu suffise au bonheur.
  • - Puis vient Poseidonios d’Apamée, lequel apportera moult apports qui tendent à rediriger la portée philosophique du paradigme stoïcien. Il estime notamment devoir séparer corps et âme, comme centre et périphérie.
  • - Au fil des ans, le stoïcisme perd de sa dimension philosophique, au profit d’une simple règle de vie, seul aspect par lequel la doctrine passera à la postérité.


Sources:
- Encyclopaedia Universalis : d'après les travaux de M. Jacques BRUNSCHWIG ;
- A revérifier.

Par Sully - Publié dans : Philosophie antique - Communauté : Le Monde de la Philosophie
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 07 2009 16:30

Il est vrai aujourd’hui que, lorsqu’on évoque quelque barbare nom comme celui d’épicurisme, lui sont immédiatement apposés ceux d’oisiveté, de paresse et d’opulence ! Et ce n’est certainement pas Anatole France qui me contredira : « Votre ami Horace a laissé une postérité moins généreuse, et je vois un de ses petits-fils en la personne du cabaretier poète qui, présentement, verse du vin dans des tasses, sous son enseigne épicurienne »... De fait, si vous attribuez tout à fait affectueusement le sobriquet d’« Epicure » à l’un de vos amis, qui sacrifie tous ses loisirs afin de s’assurer un Bonheur futur, gare à vous, il risquera de mal le prendre ! Alors, Epicure était-il si épicurien que cela ? C’est ce à quoi je vais m’atteler à répondre.

 

 

     I-  Qui fut Epicure ?

 

Comment comprendre un système sans connaître un traître mot de son théoricien ? Epicure, né aux alentours de 341 av. J.-C. sur l’île de Samos – à moins que ce ne soit dans le dème de Gargettios, ainsi que le prétend Laërce – où ses parents, d’origine athénienne, auraient été établis comme colons, se serait consacré à la philosophie dès 14 ans, dixit Laërce ; à 12 ans selon la tradition la plus répandue. Quoiqu’il en soit, nous nous accorderons à statuer que le jeune Epicure fut quelque peu précoce à entamer ses études spirituelles. Les Anciens, par souci de légitimer et de démontrer cette promptitude, affirmaient que c’est l’ignorance de son maître d’école – incapable de lui expliquer la théorie du Chaos exprimée dans la Théogonie d’Hésiode – qui aurait amené le disciple à désirer s’engager dans le vaste univers de la philosophie. Epicure quitta donc la petite île dès 327 av. J.-C. pour rejoindre Théos, ville située sur le proche rivage d’Asie, où il poursuivit ses études sous l’auspice de Nausiphane, disciple de Démocrite.

Âgé de 18 ans, Epicure se rend à Athènes, tenu aux obligations militaires imposées aux jeunes citoyens helléniques (l’éphébie), et ce, pendant deux années. En 321 av. J.-C., il ne put rejoindre ses parents sur son île natale, cette dernière ayant été dépouillée de ses colons dont Néoclès et Chérestrate, ses parents, qui s’étaient réfugiés à Colophon. Les dix années suivantes sont troubles, et prêtent au doute : voyage ou étude ? La tradition veut qu’il ait par la suite fondé une première école à Mytilène, puis à Lampsaque (proche de l’Istanbul actuelle) vers 310 av. J-.C. et où il demeura pendant cinq ans ; avant d’acheter un petit jardin à Athènes, d’où le nom que la tradition donne fréquemment à son école. Le philosophe meurt en 270 av J.C. à l'âge de 72 ans d’une longue maladie.

 

 

     II-  Le « Jardin d'Epicure » :


Il faut préalablement ébaucher le contexte qui marque la philosophie grecque lors de la fondation de son « Jardin » en 306 av. J.C. Dès lors, la vie culturelle de la Grèce était partagée entre deux grandes écoles ayant respectivement pour maître de pensée, Platon et Aristote : l’Académie et le Lycée – je m’y consacrerai également dans les mois à venir. Notons la prédominance de ces philosophies à travers lesquelles toute la vie culturelle de la civilisation grecque s’animait. Pour établir son école, Epicure fit acquisition du « Jardin » et d’une maison situés à Athènes même, dans le dème(*) de Mélite. On dénombre, parmi ses premiers élèves, Hermaque, Mytilène, lequel succédera à Epicure à la tête de l’école, sans ignorer Métrodore de Lampsaque, très certainement le plus illustre des disciples épicuriens. En prime abord, la vie dans cet « institut » se déroulait en très étroite corrélation avec celle des autres centres épicuriens, qui perduraient en Asie malgré le départ de leur maître-à-penser, et qui comprenaient encore de multiples élèves. On comprend donc l’irréfragable nécessité d’une correspondance culturelle vivante entre ces différentes écoles, laquelle correspondance contribua à poser le rayonnement hégémonique d’Epicure et de ses paradigmes. Retenons, à titre d’effigie, la très célèbre – et ô combien reconnue – lettre à Ménécée, qui pourrait faire l’objet d’une considération plus assidue !


L’organisation du Jardin se devait d’être des plus simples car la vie était régie par une extrême frugalité, Epicure estimant une relation patente entre les progrès de la continence et les progrès de la sagesse. Néanmoins, le financement de l’indispensable était assuré par une légère contribution exigée de chacun des élèves. D’ailleurs, l’Ecole – contrairement à ce que l’on a pu croire – n’était pas accessible aux seuls personnages illustres mais demeurait offerte à tous, femmes et esclaves inclus, ce qui marque une nette opposition par rapport à l’Académie, adressée à une élite sociale et intellectuelle, et au Lycée, ayant la vocation de construire un centre de recherches érudites – quand Epicure considérait la philosophie telle une construction de l’homme…


Mais comment l’enseignement était-il prodigué ? Epicure avait conscience de ne pouvoir pas consacrer à ses élèves tout le temps et le zèle nécessaires à l’étude de la philosophie, aussi rédigeait-il des œuvres plus individuelles, constituant de véritables résumés démontrant les fondements mêmes de son système philosophique, et susceptibles d’être apprises par cœur. On pourrait être amené à y percevoir une sorte de « catéchisme », imposé à tous car véhiculant et vulgarisant ses conceptions philosophiques.

 

 

     III-  L’épicurisme, ou la philosophie du bonheur :


La philosophie épicurienne s’est, à de nombreuses reprises, opposée au stoïcisme mais s’il y a point sur lequel les deux mouvements culturels se sont entendus, c’est bien le rôle de la philosophie. En effet, Epicure rejoint le stoïcisme sur le but à poursuivre durant l’existence : conquérir « l’ataraxie » (absence de trouble) – ou, de manière moins ésotérique, accéder au Bonheur Absolu qui, nous l’allons voir, s’éloigne considérablement du bonheur pragmatique et trivial auquel aspirent moult hommes contemporains.

 

A)  Vision épicurienne du monde


Pour vivre heureux, l’homme doit vivre sans crainte, c’est un fait avéré. Partons de ce postulat pour mettre en évidence la nécessité pour l’homme de se libérer de la crainte des Dieux afin de pouvoir atteindre le bonheur. Aussi l’épicurisme se doit-il d’exclure le sacré, le divin du monde. C’est à ce moment qu’intervient un autre mode de pensée, vers lequel se tournera très précocement Epicure, à savoir l’atomisme de Démocrite : cette réflexion physique sur le monde incluait l’existence d’une matière infinie, les atomes, dispersée dans une extension infinie, l’espace. Là où notre philosophe interviendra sensiblement, c’est dans le mouvement de ces atomes : selon lui, puisque non attirés par quelconque force, les atomes sont soumis à un inlassable mouvement de chute d’une vitesse uniforme. Mais, malgré leur mouvement rectiligne, qui s’effectue dans la verticalité de l’homme – supposant que la terre soit plate –, ces atomes ont la capacité de modifier très sensiblement leur trajectoire, permettant des rencontres d’atomes, parfois capables de donner lieu à des ensembles stables. Mais comment s’est-il débarrassé des dieux  - Rires - ? Selon lui, les dieux sont des agrégats – par opposition aux atomes, réputés éternels et immuables, les agrégats sont des espèces plus ou moins résistants, mais tous voués à la décomposition – mais appartiennent malgré tout à une autre catégorie, unique, et sont dotés  de qualités particulières : ils sont éternels (je sais, ce sont des agrégats… mais que voulez-vous, « pour être périssables, ils n’en sont pas moins dieux) et vivent dans des régions de l’univers échappant aux lois qui régissent la vie et la mort de notre monde. Ils sont, en un mot, parfaits : revêtent l’enveloppe humaine – car la forme humaine est la plus belle de toutes –, et ne connaissent aucune des passions humaine (colère, haine, pitié) ; en somme, ils ont à leur disposition tout ce qui est nécessaire à leur bonheur, si bien qu’ils n’ont nulle envie d’intervenir dans la vie des hommes.

Autre crainte dont il faut s’affranchir : la mort ! Car l’homme, obsédé par la crainte de la mort et de son sort dans l’au-delà, ne vit pas. Inutile de s’encombrer d’explications futiles, pourquoi tergiverser, quand le maître – entendez Epicure – daigne le faire à notre place ? « La mort n’est rien par rapport à nous car tout bien et tout mal réside dans la sensation. Or la mort est la privation des sensations » si bien que « quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, nous ne sommes plus ».

 

B)  Désirs et plaisirs :


Commençons par écarter un préjugé tout à fait erroné : l’épicurisme n’est pas la philosophie de la jouissance impénitente ! Bien au contraire, c’était un quasi-ascète attaché à une rigoureuse frugalité, se contentant généralement de pain et d’eau. Car le principal, selon lui, n’est pas tant d’abuser de jouissances, lesquelles jouissances laissent l’homme insatisfait, que d’assurer les besoins élémentaires, qui procurent une satisfaction immense. De fait, il subdivisera les désirs humains autour de 3 catégories, établissant par là une hiérarchisation selon l’apport qu’ils induisent :

  • Les désirs naturels et nécessaires au bonheur, au bien-être du corps et à la vie, comprenant le fait de boire lorsque soif assaille la bouche, manger quand la fin ronge l’estomac, ou encore la cérémonie du dormir lorsque le sommeil alourdit les paupières. S’affranchir de tels « désirs » risquerait de mettre en péril l’existence ;
  • Les désirs naturels mais non nécessaires, tout ce qui peut y avoir de superflu dans notre quotidien, ainsi boire du vin quand l’eau suffirait, s’attacher à une cuisine raffinée… Sur le plan physiologique, la multiplication indubitable de ces plaisirs risque d’être néfaste à l’organisme. Sur le plan psychologique, le besoin incoercible de les diversifier entraîne inévitablement une quête tourmentante pouvant évoluer vers un traumatisme obsessionnel, ce qui entrave à la sérénité prônée par Epicure, voire vecteur de douleurs. En somme, ces désirs de comblent pas, sont vains et destructeurs.
  • Les désirs ni naturels ni nécessaires sont des désirs vains que l’on crée artificiellement (quête de la gloire, amour du luxe, conquête du pouvoir, satisfaction de la passion amoureuse…). Cette catégorie du plaisir concerne les esprits assoiffés, insatiables, persuadés qu’il y a toujours mieux que ce qu’ils possèdent.

Ainsi, la théorie de l’épicurisme vise à atteindre un état complet de plénitude, à délaisser plaisirs dits « en mouvement », qui n’ont de saveur que dans une période limitée, pour privilégier plaisirs dits « en repos », qui se perpétuent dans la durée.

 

C)  Et l’amitié dans tout ça ?


« De tous les biens que peut procurer la sagesse pour la vie heureuse, rien n’est plus grand, plus fécond et plus agréable que l’amitié », affirme Epicure. L’on voit désormais combien l’acte d’amitié est omniprésent, prépondérant dans les besoins de l’homme, au même titre que la philosophie… N’y percevons au demeurant pas une « amitié idyllique », fondée sur le désintérêt absolu : lui-même ne s’exclamait-il pas que « nous n’avons pas tant besoin des services de nos amis que d’être certains qu’ils seraient prêt à nous servir » ? Mais si la quête de l’ami, premièrement engagée dans l’optique d’un rendement, d’une utilité, « plus tard, quand on s’est accoutumé à lui, on l’aime pour lui, même si on a perdu l’espoir d’en retirer du plaisir », peut-on lire dans le De finibus – quoique Cicéron considère que cette idée provient d’un épicurisme plus tardif, susceptible d’avoir évolué. Epicure s’accorde néanmoins sur le fait que la fréquentation d’un ami ait des répercussions sur la propre intériorité de l’être, ainsi Hadot précise-t-il que « l’amitié est, dans l’école épicurienne, le moyen, le chemin privilégié pour parvenir à la transformation de soi-même ». Il nous est donc offert de repousser une conception trop prosaïque et utilitaire de l’amitié, car l’ami n’est ni un gage de stabilité financière, ni un appui politique mais bien plutôt un adjuvant propre à la remise en question du « moi », permettant de fait un examen personnel, une « thérapie de groupe ». Car c’est par le regard extérieur que le sage peut corriger tout ce qui, de près ou de loin, peut le détourner de la sagesse, seule aspiration vers laquelle doit tendre tout homme.


Sacrifier tous les plaisirs futiles, s’affranchir de toutes les craintes existentielles afin de conquérir un bonheur perpétuel, duratif, telles sont les valeurs épicuriennes…  Terminons sur ces quelques mots d’Epicure – et qui résument particulièrement bien ses paradigmes -: « Tout plaisir est, de par sa nature même, un bien, mais tout plaisir ne doit pas être recherché ; pareillement toute douleur est un mal, mais toute douleur ne doit pas être évitée à tout prix »

 

Alors, épicurien, notre Epicure ?


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PROCHAIN DOSSIER : LE STOÏCISME, UN PRECEPTE DE CONDUITE


(*) La dème est une circonscription administrative instaurée dans l'Athènes Classique lors de la révolution de Clisthène.


Sources:
- "Epicurisme", in Encyclopaedia Universalis ;
- A revérifier...

A consulter également :
Un épicurien pas si épicurien - aghia paraskevi ;
Epicure, Lettre à Ménécée, introduction / il faut philosopher à tout âge / texte, explication - skepsis ;
Lettre à Ménécée, Epicure (341-270 av. J.-C.) - baila
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Par Sully - Publié dans : Philosophie antique - Communauté : Le Monde de la Philosophie
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