Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 17:34

Plus de trois mois sans ouvrir cette page... C'est tout le paradoxe de ce genre de blog. Plus on lit, moins on s'intéresse à Internet. Trois mois, donc, sans ouvrir cette page, ni aucune autre du genre électronique. Trois mois sans ordinateur, la tête dans les livres, frénétique, boulimique. Parce qu'en plus de mon stock personnel, déjà consistant, je me suis offert une inscription à la bibliothèque, pour lire ce que je n'achèterai jamais. Rien de péjoratif, c'est une autre démarche que celle qui mène à une librairie. C'est une découverte, l'envie d'être surprise, d'explorer. J'y ai lu Modiano. Avec bonheur.

Le reste, j'y reviendrai plus tard. Mais je voulais signaler, dans la rubrique Plus que Classique, une information qui m'a été communiquée par une ou un internaute. Je la/le cite : 

 

"dans le cadre de la Journée européenne des Langues organisée par l'Observatoire Européen du Plurilinguisme, la compagnie Démodocos présente un récital de poésie latine autour d'extraits des trois premiers livres du De Natura Rerum de Lucrèce.
Texte en latin et en français, dit et traduit par Guillaume Boussard, accompagné au piano par Emmanuel Lascoux.
Le 30 septembre 2010 à 18 h 30 à la Maison de l'Europe, 35-37 rue des Francs-Bourgeois.
M° Hôtel-de-Ville / St Paul
Réservations : 06 23 09 91 68 ou www.plurilinguisme.europe-avenir.com
P. A. F. 5 euros"

 

Il faut préserver les choses rares.

 

Par Hester
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 10:46

Il y a bien longtemps que je n'ai rien déposé sur cette page. Raisons obscures. Et lectures intenses.

Je viens de finir, près de 800 pages, que j'avais toujours négligées, repoussées, jugées sans rien en savoir. L'objet, c'est Crime et châtiment de Dostoïewski, et ça ne ressemble à rien de ce que j'attendais. Qu'est-ce que j'attendais...? Sans doute un texte un peu didactique,"exemplaire", démonstratif. Ennuyeux. Et à l’inverse, j’ai été happée par une narration trépidante, drôle, tendre, désespérée, bouillonnante de la violence des sentiments et des relations humaines. On reste, encore ici, dans une démarche mystique et la trajectoire de Raskolnikov est un chemin de croix, une transfiguration. L’amour et l’abnégation de Sonia vont le guider vers la prise de conscience de l’altérité et lui donner foi en la vie, en son avenir, et en l’homme. C'est un des livres qui jalonnent l'histoire de la littérature, un repère.

Par Hester
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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 11:39

C'étaient quelques réflexions, simplement, sur un auteur qui me fascine. Comment peut-on être japonais et chrétien ? Comment peut-on concilier deux manières d'être au monde aussi éloignées sans se perdre dans un conflit intérieur insoluble ?

Endô fait appel à tous ces auteurs qui font partie de ce qu'on appelle, malheureusement, les écrivains chrétiens. Malheureusement, parce que réducteur. Parce qu'il y a quelque chose de vain, dans cette classification. La foi qui anime les personnages de Bernanos, par exemple, les guide sur le chemin de l'introspection. On est dans la quête de la connaissance de soi, qui permet d'aller vers les autres. Que ce soit le prêtre, le psychanalyste, ou la conscience intime (cf. L'imposture de Bernanos) ce dont il est question, c'est le regard que l'on porte sur soi-même. L'entité supérieure et/ou bienveillante n'est là que pour nous guider vers cette connaissance.

Les personnages de Mauriac s'épuisent dans cette conviction de leur imposture : les autres ne les voient pas tels qu'ils sont, et leur seule issue pour être en accord avec eux-mêmes, c'est la mort (Le sagouin, Le baiser au lépreux).

 

Je ne suis pas religieuse, mais je suis transportée par ces textes, cette langue sublime au service de la puissance de la pensée.

Par Hester
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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 16:34

 

Shûsaku Endô a fait du croisement des cultures le fil tendu à travers son œuvre. Une œuvre mystique qui plonge au cœur de l’âme humaine pour y trouver les portes dérobées. Shûsaku Endô était catholique et il laisse une œuvre majeure de la littérature japonaise du XXe siècle, une œuvre insolite, hors normes, qui suit, à sa façon, les traces des grands écrivains chrétiens.


Nous sommes au XVIe siècle. Le Japon n’échappe pas aux ambitions hégémoniques de la Compagnie de Jésus et en 1549, François Xavier débarque à Kagoshima, fort de sa bonne parole et d’autres arguments beaucoup plus convaincants. Cinq siècles plus tard, le Japon compte un million de chrétiens, survivants de massacres, interdictions, persécutions et pratiques clandestines. Mais au-delà de l’histoire et des enjeux politiques et économiques de l’évangélisation du Japon, se pose la question de la place de la foi chrétienne au sein d’un système de pensée aussi éloigné de celui qui fit, en Occident, le lit du catholicisme.
Cette interrogation est au cœur de l’œuvre de Shusaku Endô. Né en 1923 d’une mère catholique (rappelons que le christianisme était encore interdit au Japon au début des années 1860), Endô sera baptisé en 1935. Ses études le mènent à Lyon où il s’intéresse au roman catholique français. Mauriac, Bernanos, Claudel seront la trinité littéraire régnant sur l’œuvre d’Endô qui déclinera toute sa vie durant la question de la foi et de la conscience.

 

 

Le théologien Karl Rahner avance l’idée d’une théologie personnelle de l’intellectuel catholique, une ré-interprétation intime de la foi. Le catholicisme d’Endô est évidemment multiculturel. Il se nourrit à la fois de la conscience de l’éphémère du bouddhisme et du sentiment tragique de la vie. Il en émerge des personnages sur le fil du rasoir, écartelés par des pulsions contradictoires et toujours poussés à mettre leur foi à l’épreuve de la vie. Le Père Velasco (L’extraordinaire voyage du samouraï Hasekura) en devient presque un personnage de Graham Greene (qui se sentait d’ailleurs très proche de l’écrivain japonais). Torturé par des ambitions personnelles et un orgueil démesurés, en proie à des pulsions qu’il tente d’apaiser par la mortification (il s’attache les mains, chaque soir, pour ne pas céder à l’appel de la chair), il pervertit son combat par une maladive quête de pouvoir qu’il intègre à son discours mystique dans un glissement presque délirant, à l’image des conquistadores enivrés de puissance et d’impunité, convaincus d’être l’instrument de Dieu. Mais cet aspect du héros chrétien est finalement presque caricatural, chez Endô. On y voit des traces du curé de campagne de Bernanos, de l’abbé Jules de Mirbeau. C’est un conflit intime qui cherche une issue et croit la trouver dans un expansionnisme aveugle, une guerre sainte qui n’a d’autre fonction que de réassurer une foi vacillante.

 
En réalité, Endô prend toute sa dimension d’écrivain catholique et d’auteur majeur du XXe siècle dans tout ce qui touche à la conscience, à la faute, à la rédemption. Sans cesse, il va réécrire le chemin de croix qui mène son héros à la conscience de Dieu. Car la foi est brute, archaïque. Elle éclate d’évidence chez les gens simples, comme Mitsu (La fille que j’ai abandonnée) qui s’avance sereinement vers le sacrifice dans l’absolue nécessité du don de soi. "Heureux les débonnaires", pour qui la foi ne se discute pas. Pour Endô, tout retour sur soi mène à nos zones d’ombre, ces recoins de la conscience où se tapit le double maléfique, l’âme noire, ce qui nous renvoie à notre condition d’homme, pervers, cruel et lâche. Suguro, l’écrivain de Scandale peut bien disserter sur le péché et l’absolution quand une silhouette qui lui ressemble trait pour trait arpente les rues de plaisir et les hôtels de passe, se vautrant dans le stupre et la débauche. On pense à Camus, aussi, dans cette absurdité de la vie, mais le héros d’Endô la transcende par une expérience christique qui le mène de la chute à la rédemption.


Mais si la foi est une expérience individuelle, Endô l’élève pourtant à une dimension collective dans son interrogation sur l’accès du peuple japonais à la parole d’un Dieu qui ne lui ressemble pas. Le bouddhisme entretient une esthétique de l’éphémère de la vie, une émotion devant la fuite du temps et des choses. Il représente un dieu charnel, vivant. Le christianisme ne peut lui opposer qu’une icône misérable, un corps de souffrance cloué sur une croix. Quand Bouddha se repaît des nourritures humaines qui lui sont offertes, Jésus offre son corps et son sang, comme un dernier martyre. C’est peut-être en cela que le Dieu de Shûsaku Endô est multiculturel. Il est loin d’être miséricordieux. Il met à l’épreuve, il abandonne, il châtie, avant de laisser l’homme face à soi-même, livré à sa conscience et à ses remords, au pied d’un chemin de croix qu’il devra vivre dans sa chair pour trouver le pardon. Pas question ici d’effacement du péché. Si la confession nous met en règle aux yeux de Dieu, elle nous laisse face à notre conscience. Pour Endô, c’est là que commence le chemin.

Par Hester
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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 15:58

J'ai longtemps collé à l'actualité littéraire. Pas toujours par goût, souvent par obligations diverses. Je me souviens de douloureuses frustrations en avalant "la rentrée littéraire" qui me privait de tout ce que j'avais réellement envie de lire. Il faut être honnête, tout n'est pas à jeter dans ce qu'on écrit aujourd'hui, et puis je n'ai pas envie que ce blog bascule dans la rengaine "c'était mieux avant" ! Pas du tout.

Simplement, je pense qu'il y a des auteurs qu'on ne doit pas oublier. Et il se trouve, en plus, que certains d'entre eux sont parmi mes auteurs plus que préférés. Et j'ai eu envie de frotter mes lectures à celles des autres et de me rassurer : oui ! il y a plein de gens qui aiment Bernanos. Oui ! Il y en a d'autres qui pensent que Mauriac n'a pas eu son prix Nobel dans une pochette surprise. Et  Mirbeau, Eugène Dabit, Louis Guilloux... Et ailleurs... Jane Austen, Emily Brontë, Nathaniel Hawthorne... (quand je serai morte, je voudrais être enterrée avec mon exemplaire de La lettre écarlate. On ne sait jamais !)

Pas de liste exhaustive, j'ai envie de parler des livres que j'aime avec des gens qui les aiment aussi (ou pas !), et qui ont aussi envie d'en parler !

Par Hester
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